Mardi 25 Juin 2024
Chères Amies.
Nous avons visionné six films au total au cours de ces mois écoulés. Rafraichissons notre mémoire : 1er film : Pupille ; 2ème film : Sauver ou Périr ; 3ème film : Departures ; 4ème film : De son vivant ; 5ème film : Youth ; 6ème film : Ex Machina. Un 7ème film, à la fois léger et profond aurait pu faire partie de cette liste ; le temps a manqué… Mais nous aurions ri de bon cœur : Je vous encourage à aller le voir : « Un petit truc en plus ». Vous renouvèlerez et renforcerez votre esprit d’enfance dont il ne faut jamais vous départir. Il passe actuellement dans les salles.
Il s’agit maintenant de trouver le dénominateur commun à ces sept œuvres cinématographiques. Votre analyse vous conduira probablement au même résultat que moi.
Notre 1er film : « PUPILLE », nous a fait réfléchir sur le mystère de la naissance. Pour l’être humain, être aimé et désiré revêt une importance capitale. Matthieu, le nourrisson du film, nous a montré à quel point, la relation émotionnelle, affectueuse, prodiguée par le toucher, la voix, la douceur des gestes dont il a bénéficié à sa naissance ont été déterminants pour sa survie. Nul homme ou femme n’est une île. Nous avons besoin les uns des autres pour vivre. C’est à travers un lien d’amour que l’humain peut se construire. Pour l’enfant le lien d’Amour est vital. Il ne peut commencer à le vivre que lorsqu’il le ressent.
Notre 2ème film : « SAUVER OU PÉRIR », nous a fait réaliser l’importance du corps en bonne santé. Ce pompier de Paris brillant, à qui tout réussissait, a vu s’effondrer son univers à partir du moment où il a été au contact de sa fragilité, de sa vulnérabilité. Il a dû reconstruire complètement son identité. Notre corps entre en relation avec le corps des autres. Il donne une image de notre personne qui ne se limite pas à l’aspect extérieur et la force physique. C’est la relation harmonieuse entre notre corps et notre esprit qui établit ce qui fait de nous une personne en bonne santé physique, morale, intellectuelle. Quand ces dimensions sont chamboulées par la maladie et la souffrance : le seul moyen de reconstruire notre identité humaine est de retrouver la relation fondamentale avec la vie. Au travers de ce film nous avons pu vérifier que la relation d’Amour avec les êtres qui nous sont chers demeure notre seule planche de salut. Notre identité véritable ne se construit que sur la relation d’Amour.
Notre 3ème film : « DEPARTURES », nous plonge dans le domaine de notre finitude. Il est évident pour tous qu’un départ, notre départ, aura lieu un jour : Ce jour sera celui de notre mort ! Là encore, le corps est au centre. Il nous fait réaliser à quel point, son inertie matérielle est capable de nous détourner de l’essentiel. Subjugués par l’absence du mouvement, nous ne voyons que l’image extérieure et nous négligeons l’être intérieur, autrement dit l’existence d’une âme. Ce film montre qu’au-delà du corps qui nous quitte, et que nous avons embelli pour la circonstance funéraire, il y a tout un vécu avec la personne chère qui s’en va. Les bons, les mauvais moments traversés ensemble vont passer dans le monde de notre mémoire. Cependant, le souvenir demeure par la relation d’Amour qui a été tissée. Cette histoire met l’accent sur l’importance des pardons que nous devons nous accorder et nous donner tout au long de nos vies. La mort du corps n’abîme pas la vie relationnelle de nos êtres. La mort, si nous l’abordons autrement, peut nous ouvrir à l’Espérance.
Le 4ème film : « DE SON VIVANT », nous a montré que nous pouvons être pris au dépourvu par l’imminence de notre finitude. Comment gérer cette situation quand il s’agit de vivre l’essentiel dans un raccourci de temps ? L’entreprise serait d’emblée vouée à l’échec faute d’accompagner ceux qui sont touchés par cette épreuve. Là encore la relation d’Amour dépassant tout ce que nous pouvons imaginer et penser va contrer l’angoisse, la tristesse, la peur, la vanité qui nous apparaissent inéluctables. A travers ce film, nous avons pu ressentir pendant un moment le vertige d’un engloutissement en tombant dans le renoncement, l’abandon, la défaite. Fort heureusement l’Espérance, petit à petit reprend le dessus, redonnant de la vie au mourant. Ceux qui accompagnent cette tragique aventure peuvent alors aider à entendre cette voix de l’Espérance changeant l’échec de la mort en une victoire : celle de la vie !
Le 5ème film : « YOUTH » traite du vieillissement et d’une dualité qui nous concerne tous : Continuer ou renoncer à vivre malgré la dépossession de nos moyens humains. Réaliser notre faiblesse, notre fragilité et renoncer à ce qui faisait notre force personnelle est peut-être ce qui fait toute la force de l’Amour. Ce thème : « Vieillir-Mûrir-Accomplir » sera abordé en profondeur l’an prochain lors de nos rencontres Atelier Réflexion-Mémoire si vous êtes partantes.
Le 6ème film : « EX MACHINA », traitait de l’intelligence artificielle (IA). Une IA créée par l’homme, suffisamment évoluée pour donner l’illusion que l’homme serait parvenu à créer un substitut de personne vivante parfaite, si parfaite qu’on ne serait plus en mesure de faire la différence. Les limites de la condition humaine sont abolies. AVA est tellement perfectionnée qu’elle incarne l’idéal humain, à l’exception malheureusement, ou heureusement plutôt, de cette capacité d’aimer d’un Amour sincère et gratuit. Tout est calcul pour AVA. Elle donne le change et leurre l’homme en le manipulant. Ainsi, à la fin de ce film, nous faisons le constat, que l’Amour ne pourra jamais habiter une machine, un robot inventé par le génie l’homme. L’Amour ne cessera jamais d’être un mystère totalement compréhensible ici-bas. Il dépassera toujours la raison et l’intelligence humaine. Nous ne pourrons donc pas trouver le dénominateur commun dans ce film. L’Amour et l’Espérance y brillent par leur absence.
Merci de votre attention, de vos encouragements et surtout de votre Amitié.
Mardi 26 mars 2024
Bonjour Chères Amies.
Je souhaite vous partager une petite méditation relative à cet étrange et beau geste que Patricia nous faisait remarquer à la fin de notre projection du film « Departures ». Nous avons vu Daigo, le thanatopracteur l’exécuter à plusieurs reprises sur la personne défunte.
Comme vous l’avez constaté, il opère avec délicatesse, ampleur, lenteur, en procédant avec beaucoup de solennité. Auparavant, il a dénoué les crispations des mains, puis entrecroisé les doigts en position de prière en y apposant un beau chapelet de perles. Enfin, il exécute ce fameux geste circulaire qui part de la poitrine et revient au même endroit, au niveau du cœur.
Quelle interprétation donnerions-nous à ce rituel sans en connaître le fondement culturel ou religieux ? Échangeons nos avis sur sa signification. Nous avons vu qu’il est précédé par un travail minutieux, exécuté sur le visage de la personne. Les visages reflètent toujours quelque chose d’unique provenant de l’âme. Ainsi tout l’art de DAIGO, l’officient, est de parvenir à communiquer, à l’assistance qui regarde, une douceur, une sérénité, un bien-être, et une paix lisible sur le visage du bien-aimé. Cet état idéal est celui que souhaitent emporter dans leur mémoire les proches du défunt. S’il y parvient, le but sera atteint, les personnes proches éprouveront, consolation, et apaisement.
Allons plus loin, et projetons-nous dans cette culture asiatique. Nous devons considérer la croyance bouddhiste qui conçoit la vie à travers plusieurs cycles de réincarnations, sept au total, afin de parvenir à « l’Éveil » : un état de plénitude où, l’être humain perd son identité propre pour se fondre dans le cosmos en une énergie impersonnelle. Ce mouvement circulaire des bras et des mains manifeste, selon-moi, le cycle d’une vie qui vient de s’achever. En fait l’Éveil, état du Bouddha, doit se réaliser dans le cadre de ces sept réincarnations, sans quoi il y aurait perte de plénitude et d’achèvement et donc, impossibilité de sortir du cycle des réincarnations.
Considérons maintenant la notion de « Karma » qui évoque les épreuves auxquelles nous pouvons avoir été confrontés soit dans cette vie, soit dans des vies antérieures dont le souvenir est perdu. Ces épreuves, tantôt élèvent, tantôt abîment la vie de la personne, selon qu’elles débouchent sur une purification, ou au contraire sur un échec. Quand la vie de la personne défunte ne parvient pas à un accomplissement, celle-ci est tenue de repartir sur un nouveau cycle. Et, selon l’image donnée dans le film, elle se mettra en quête d’une pierre à offrir, témoin de son état d’âme, en l’espérant moins lourde, moins sombre, moins rugueuse…
Une image peut nous aider à comprendre ce fameux geste. J’évoquerai un jeu que nous connaissons et auquel nous avons peut-être tous joué. Il s’agit du bilboquet dont le but est d’ajuster la boule et le manche. Lorsque nous sommes habiles et précis, nous parvenons à arrimer la boule sur la pointe. Il en est de même pour notre vie. Celle-ci est réussie lorsque nous la vivons en harmonie avec notre corps et notre esprit. Pour aller plus loin dans cette image, la ficelle, liant la boule au manche, peut symboliser le lien d’Amour, interface entre corps et esprit. Réussir son mouvement arrête le cycle des réincarnations.
A ce stade, comparer nos croyances judéo-chrétiennes et bouddhistes serait intéressant. Que représente pour l’homme le cycle d’une vie ? Sur quels points ces croyances se rejoignent-elles ou divergent-elles ? Quelle est notre espérance de revoir nos chers disparus ? Avec la fête de Pâque cette question prend du sens, n’est-ce pas ? Bonnes et Joyeuses fêtes pascales en famille !
Bien amicalement à vous.
Année 2023 – 2024 Herald