Bonjour Jean-Marie.
Ce qui précède est le texte que j’avais écrit à ton Père pour lui proposer mon soutient après son AVC. Je te le communique car il peut, si tu le transpose à ton épreuve de séparation, t’aider à te réorienter avec justesse. Bien entendu, une hémiplégie n’est pas la même chose qu’un divorce, et pourtant, se séparer de sa femme, c’est comme perdre une part de son être, de sa chair, puisque le mariage avait fait de vous une seule chair.
J’ai été heureux de faire ta connaissance. Notre partage, bien que court, a été suffisant pour que nous nous sentions proches. Tu me demandais comment je pouvais exprimer cette proximité et tu as évoqué le « Reiki ». Tout ce qu’on peut dire de cette technique ou méthode de guérison reste assez controversé au vu des preuves qu’elle a pu fournir. Au risque de te décevoir, mon expérience de soignant m’a plutôt dirigé à exercer une autre faculté : celle qui nous habite tous en tant que créature humaine. Je m’explique : lorsque l’homme, l’humain a été créé, la genèse nous dit qu’il l’a été à partir de la poussière de la terre. Adam, l’humain veut dire terre, humus, argile. Le texte nous dit également que nous avons été créés à l’image, à la ressemblance de Dieu ; homme et femme nous avons été conçus.
Un deuxième récit, issu du même livre, nous dit que Dieu insuffla un souffle de vie dans les narines de cet être de glaise et l’homme devint un être vivant. Le principe donc, pour moi, est dans ce : « Rai-Neshama » : Rai (en Araméen-hébreux) veut dire Vie et Neshama : Souffle. Ce Rai-Neshama est un don, une capacité accordée à tout homme ou femme vivants. Sa présence en nous doit être forte et humble en même temps si nous voulons l’utiliser bénéfiquement. Cette vitalité et cette humilité demande un long travail d’apprentissage, de recherche, de cheminement. Dans ce parcours nous sommes confrontés à nos fragilités, nos limites. Le Verbe, le Logos qui nous a conçus est là pour nous fait grandir, croître en sagesse. Il importe donc de bien choisir la nourriture saine qui nous édifie, esprit, âme et corps. Beaucoup d’enseignements « ésotériques » sont des sources frelatées. Ce dont je peux témoigner, c’est que j’étudie la bible depuis l’âge de 22ans. Cela fait donc 44 ans aujourd’hui. Je n’ai jamais été déçu par cette source d’enseignement car elle est éprouvée. Il y a beaucoup de citernes crevassées ici et là qui ne retiennent pas l’eau. Je t’invite donc à te diriger vers ce réservoir qui ne fuit pas. Tu y trouveras, si ta recherche du Vivant est sincère et persévérante, le trésor que tout homme désire : Amour, Sérénité, Paix!
Maintenant je vais te dire ce que j’ai ressenti en t’observant et en t’écoutant. Je souhaite te mettre en garde par rapport à la sensation de liberté que tu ressens en ce moment à cause de la séparation d’avec ton épouse. Cela ne doit pas te pousser et t’autoriser à « batifoler ».
J’emploie ce terme parce qu’il contient le mot bâtir et le mot folie. Tu le sais bien, les comportements légers et irréfléchis ne permettent pas de construire solidement l’avenir. Tout homme est chargé d’une mission. Je pense à ta mission de Père, capitale en ce moment. N’y manque pas ! J’ai vraiment été touché par la faiblesse, la fragilité, le besoin d’attention qui émanait de tes filles. Apporte-leur la sécurité et la consolation dont elles ont besoin en ce moment. Elles sont comme des joyaux qui ont besoin d’un écrin qui les protège. Elles pourront sortir de l’écrin des parents lorsqu’elles seront en mesure de défendre leur vie elles-mêmes.
Pardonne mon audace en te faisant ces remarques. Je prends le courage de te dire cela, au risque de me tromper. Mais je le fais parce que nous avons des racines communes, celles de la famille. Tous les êtres vivants, nés sur le même terreau familial, sont liés entre eux par des liens qui vont au-delà de ce que nous pouvons imaginer ou penser. Nous pouvons nous apporter de la vitalité les uns aux autres par un partage d’amour et de fraternité.
Certainement ton Père a pu te manquer au moment où tu en avais besoin. Cela fragilise et peut rendre instable. De cette relation que j’ai eue avec ton Père au long de ces années, voici ce que j’en ai tiré : il a durant toute sa vie cherché à reconstruire une famille unie après les erreurs de discernement que tout homme peut faire quand il souffre et se sent impuissant. Il a fini par faire semblant d’être fort, il s’est durci pour ne pas perdre la face devant ceux qui lui étaient proches. Sa passion de la chasse sous-marine a été son exutoire, sa béquille ! Il a été champion dans ce domaine pour compenser ce qu’il n’a pas réussi avec ta mère, avec ton frère et avec toi. Mais une grâce lui a été faite, sur le tard. Il a essayé de réaliser la mission qu’il avait toujours rêver de réussir parce qu’il avait en lui ce désir humble et fort de fédérer, de rassembler sa famille. Nous en avons vécu la preuve au jour de son départ. Personnellement j’ai été frappé et émerveillé par la diversité humaine que nous représentions tous ensemble ; Européens, Africains, Eurasiens, et même asiatique. Tous touchés par la personne de ton Père. C’était beau et bon n’est-ce pas, comme l’a évoqué cette personne émue, responsable des pompes funèbres ? Mais tu peux ne pas être de cet avis et je respecte cela.
Je termine, Jean-Marie, en te disant que le Pardon est une puissance qui peut guérir ou du moins, conduire à la résilience. J’espère que tu trouveras ce chemin sans renier tes racines. Ce sont elles qui ont fait ce que nous sommes devenus. Comme je le disais au début de ces pages :
« Ce ne sont pas nos épreuves qui comptent mais ce que nous en faisons. »
Je te souhaite le meilleur avec une nouvelle vie heureuse, dans une continuité fidèle.
Si tu le souhaites, nous pouvons prolonger notre échange de pensées et de paroles.
Je te répondrai si tu m’écris ou téléphone.
Affectueusement à toi, ton cousin de passage.
Hérald.