SOLITUDE – Lettre à Jeanine


Très chère Jeanine.

Tu vois, je prends la plume moderne pour t’écrire cette lettre. Aujourd’hui on ne sait plus écrire sans passer par l’ordinateur. Il a remplacé la machine à écrire des dactylos et secrétaires d’antan. Et en plus il te corrige les fautes d’orthographe… Et… oui ! Il faut s’adapter avec les scanners, les imprimantes, les téléphones portables ; même si parfois, on en a un vieux modèle, pas très intelligent comme tu dis, qui ne sait pas recevoir les photos numériques. En plus, de temps en temps ça bug, ça plante, et on pique des crises.

« Bou-Diou !!!» Comme dit Mado la Niçoise, c’est compliqué tout ça ! À se demander si vraiment ça nous facilite la vie, et surtout : est-ce que ça nous rend plus heureux ? Pas sûr ! Nous sommes entrés dans l’ère des robots et de la robotique. Nous sommes devenus « des hommes augmentés » parait-il ? Il y a maintenant des robots animateurs avec des voix douces et joyeuses dans les maisons de retraite pour tenir compagnie aux personnes âgées qui se sentent seules. Bref ! Je crois qu’on est tombé sur la tête. Le contact humain c’est dépassé, ça n’est pas rentable, ça demande des efforts, du temps, et ça coûte de l’argent.

Nous sommes entrés dans l’ère de l’intelligence artificielle ( IA ). On arrête pas le progrès, il va parfois trop vite et nous ne savons pas toujours garder ce qui est vraiment bon à l’humain. En fait, je crois surtout, que ça dérange souvent notre petit confort d’aller vers l’autre et de l’écouter…

Mais rassure-toi je prendrai quand même le temps de t’écrire de ma main de belles choses que j’ai trouvée en lisant de beaux textes et je te joindrai aussi quelques belles photos pour le plaisir de tes yeux. Je t’apporterai aussi de la belle musique et des chansons qui feront remonter les beaux souvenirs que tu as gardés dans ton cœur. Nous ferons ça comme au bon vieux temps. Nous prendrons le temps de nous parler autour d’une tasse de thé et d’une tranche de ton bon gâteau à la banane. Ha,ha ha !!!

Comment va ta santé ? Est-ce que tu te sens mieux ? As-tu reçu les résultats de tes examens ? Je comprends que tu en aies marre de te déplacer d’un médecin à l’autre et de passer des examens médicaux qui ne font pas avancer la chose… Comme disait un de mes anciens patients en prenant une voix solennelle : « Les ans en sont la cause !!! ». Alors j’ai envie de te dire : ne te fais pas trop de soucis, chaque jour suffit sa peine. Les vieilles carcasses, comme nous, ça grince toujours mais ça tient bon tant qu’on a bonne tête et qu’on entretien un tempérament joyeux et simple. Depuis qu’on se connaît, malgré tes oreilles basses, j’ai toujours vu que tu es intelligente, pleine d’humour, et que tu sais apprécier les belles choses de la vie. Ha,ha,ha !!!

J’en viens maintenant à cette image qu’on t’avait donnée avec tous les prénoms de tes copines quand tu étais à Marseille chez les religieuses. Je comprends bien l’émotion que tu as pu ressentir en voyant toute cette liste. Tu as certainement pensé aux bons moments que tu as pu vivre avec elles à ce moment-là. Sur cette image on voit une croix avec cette pensée de Charles de Foucauld qui dit : 

« Pleurer loin de Dieu
C’est pleurer dans le désert.
Le sable boit tes larmes ».

Daniel Guichard dans une de ses chansons dit : « Pleurer, ça ne sert à rien … ». En fait je crois que ce n’est pas toujours vrai, car Dieu voit chacune de nos larmes. Il vient nous consoler, quand nous aimons sincèrement et que nous avons un vrai chagrin.

La vie de Charles de Foucauld a été extraordinaire. Il a été une grande partie de sa vie un homme d’action, un militaire passionné, jusqu’au moment où il a rencontré le dieu d’Amour à travers l’Evangile du Christ. Il a trouvé sa vraie passion. Depuis lors il n’a vécu que pour devenir le frère de tous les hommes. Il a fini sa vie dans le désert à Tamanrasset où il est mort en martyr, c’est-à-dire en témoin de l’Amour de Jésus-Christ. Tu trouveras la très belle prière qu’il nous a laissé au dos de ta lettre. Nous pouvons tous la faire nôtre, et la vivre tous les jours, surtout quand nous partirons de cette terre pour rejoindre dans « l’Amour et la Lumière », tous ceux que nous aimons et qui nous attendent.

Avant de terminer cette lettre, je vais te faire une confidence d’Ami au sujet de ma petite sœur Patricia qui donne beaucoup de soucis à la famille. Je lui ai écrit une lettre pour l’appeler à ne plus céder à l’alcool. Cet alcoolisme est devenu, pour elle, le poison et le drame de sa vie. Je t’ai joint cette lettre pour te montrer qu’il ne faut jamais désespérer. Il faut croire que toutes nos épreuves ont un sens et que la solution se trouve dans l’Amour qui, avec notre Espérance et notre Foi, triomphera de la mort. De toutes les morts que nous pouvons connaître ici-bas… Beaucoup d’entre nous ont une âme meurtrie et se comportent comme des morts vivants. Ne nous décourageons pas, trouvons le remède qui les guérira ! Pour ma part je l’ai toujours trouvé dans la Parole de Dieu. Il s’agit de les réaiguiller sur le chemin de la liberté.

Je t’enverrai bientôt des CD de musiques, soit par la poste ou je te les donnerai directement si je passe à Toulon pour te voir prochainement… peut-être dans le cours du mois de Juin. Dans ma lettre tu as pas mal de lecture à te farcir. J’espère que je n’ai pas exagéré et que tu ne feras pas une indigestion. Ha, ha, ha !!!

Je t’embrasse très, très fort, avec Jocelyne ainsi que Fabi, Agnès et toute ta chère famille.

A bientôt, Herald.